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Présentation du site archéologique

Le site archéologique du “Bois l’Abbé” est localisé sur la commune d’Eu (chef-lieu de canton de l'arrondissement de Dieppe), située aux confins septentrionaux du département de la Seine-Maritime. Il couvre une trentaine d’hectares, dont 23 sont classés au titre des Monuments Historiques depuis 1987. La gestion de ce périmètre situé en terrain indivis (propriété de l'Etat et du Département) est en passe d’être confiée à la Municipalité d’Eu sous la forme d’une emphytéose de trente ans (bail en cours de signature).

Localisation du site

Implanté en forêt d’Eu, sur le plateau de Beaumont, au lieu-dit “Bois l’Abbé” à 131 mètres d’altitude, il domine la vallée de la Bresle et la petite vallée sèche de Saint-Pierre-en-Val.

Cadre géologique et paysager

Les terrains affleurants appartiennent aux étages de l’ère Tertiaire, qui se caractérisent par des sables quartzeux, plus argileux à la base, contenant des silex irréguliers et corrodés, ainsi que des galets réguliers gris et noirs. Le site est dans un cadre paysager particulier. A l’embouchure du petit fleuve côtier Bresle, à quelques kilomètres de la mer surplombée des hautes falaises de craie et de la baie de Somme membre des plus belles baies mondiales, aux confins des régions haut-normande et picarde et des départements de la Seine-Maritime et de la Somme, le site est niché au cœur de la forêt indivisée d’Eu, couverte de nombreuses essences à dominante de hêtres, de chênes et de frênes.

Cadre historique

Dès la fin de la période protohistorique, plusieurs peuples gaulois – Ambiani au nord, Bellovaci à l’est et Caletes au sud – se côtoient sur le territoire du nord de la Seine-Maritime, sans que leurs zones d’influences respectives soient, au vu des données actuelles, clairement définies. De petits peuples, plus modestes, “clients” des premiers, y sont installés comme peut-être les Bellobassi entre les sanctuaires de Fesques (Seine-Maritime) et de Digeon (commune de Morvillers-St-Saturnin, Somme), et les Catuslugi dans la partie basse des petits fleuves côtiers Bresle et Yères. C’est ce dernier petit peuple, cité par Pline l’Ancien (Histoire Naturelle, IV, 31), qui est mentionné sur les deux inscriptions dédicatoires retrouvées sur le théâtre et le forum du “Bois l’Abbé”. Après la Conquête romaine, le site se trouve en Gaule Belgique, puis au VIème siècle, il entre dans le pagus Tellao. Vers l’an mil, le Talou est divisé en deux : le comté du Talou (Arques) et le comté d’Eu.

Historique des recherches archéologiques

200 ans de recherches

C’est à la fin du XVIIIème siècle, que les vestiges antiques furent découverts lors du percement de la route d’Eu à Réalcamp, actuel chemin vicinal 2 ou route de Beaumont.

En 1820 et 1821, Louis Estancelin, régisseur du domaine du Duc d’Orléans, entreprend les premières fouilles archéologiques sur le site. Il met partiellement au jour des structures qu’il identifie à un temple et à un amphithéâtre.

De 1861 à 1872, l’abbé Cochet, à l’aide d’un important réseau de correspondants, dresse la première carte archéologique du département de la Seine-inférieure. Sur le “Bois l’Abbé”, il fait procéder à des séries de fouilles et de sondages qui lui permettent de reconnaître un théâtre, les vestiges de villae et de compléter les observations sur le temple. Reprenant les conclusions de Louis Estancelin, il admet qu’Augusta désigne une vaste agglomération englobant le “Bois l’Abbé”, la ville d’Eu et le village d’Oust.

Au cours de la première moitié du XXème siècle, le site fait l’objet de sondages.

De 1965 à 1981, les recherches reprennent sur le théâtre et les temples sous la direction de Michel Mangard. Il contribue largement à leur compréhension. Les travaux réalisés (prospections au sol et aériennes) permettent de circonscrire le site à un vaste ensemble d’une trentaine d’hectares, et aboutissent au classement de 23 d’entre eux au titre des Monuments Historiques.

En 1994, la création du Service Municipal d’Archéologie de la Ville d’Eu (SMAVE) relance les recherches en vue de la mise en valeur du site. Les sondages et fouilles, menés de 1995 à 2000 sous la direction de Laurent Cholet, mettent en évidence des petits thermes, un second établissement thermal, une zone d’habitats légers et peut-être une officine de potier. Ces travaux furent aussi l’occasion d’ouvrir régulièrement le site au public et de mettre en place des actions pédagogiques permettant aux plus jeunes de s’initier à l’archéologie et de prendre une part active aux recherches (“classes patrimoine” ou intervention de centres aérés sous la direction de David Socha, reconstitution et mise en fonction d’un four de potier par Gil Browaëys).

La recrudescence des sondages clandestins sur la zone cultuelle, dans les années 1990, a motivé la reprise des fouilles en 2002 sur ce secteur, en partenariat avec Étienne Mantel (Service Régional de l’Archéologie de Haute-Normandie) et des bénévoles de la Fédération des Archéologues du Talou et des Régions Avoisinantes (FATRA, association loi 1901). Dans une optique de sauvegarde des données, les deux premières années ont porté sur les zones non fouillées jusqu’alors d’une importante aire de dépôts votifs de la fin du Ier siècle avant notre ère au début du Ier apr. J.-C.

En 2004 et 2005, les fouilles se sont poursuivies conjointement à l’Est et au Nord de l’espace cultuel. Les découvertes effectuées ont motivé une fouille pluri-annuelle (2006-2008) visant à l’exploration et l’exploitation des données scientifiques du centre monumental (forum), sous la direction d’Étienne Mantel.