Initialement destinées à compléter les données sur l'organisation et la compréhension du sanctuaire du “Bois l'Abbé” tel qu'il était alors reconnu, les recherches archéologiques menées dans le cadre d'une fouille pluri-annuelle de 2006 à 2008 ont permis une relecture et une réinterprétation du site.
Dès 2006, la découverte d'une plaque dédicatoire mentionnant une basilique et la mise au jour de nouveaux vestiges monumentaux maçonnés ont donné un nouvel élan à la recherche et l'ont orientée vers de nouveaux axes.
L'étude publiée de ce rare document épigraphique, couplée à une prospection pédestre en forêt, a conduit à identifier le site du “Bois l'Abbé”, considéré jusqu'alors comme un “grand sanctuaire”, à une agglomération antique d'une cinquantaine d'hectares dénommée Briga.
L'extension des vestiges à l'Est du sanctuaire et l'identification d'une basilique permettent de reconsidérer le centre monumental comme un “forum”, avec une zone à vocation religieuse à l'ouest et un espace administratif à l'est (basilique, “salle du conseil”). Les deux dernières années de fouilles soulèvent la complexité du sanctuaire dans ses phases de construction monumentale, en mettant en évidence l'existence d'une série de petits temples annexes, disposés le long d'un portique, enserrant le Grand Temple.
Malgré un état d'arasement avancé dû aux multiples récupérations et les nombreuses perturbations des fouilles anciennes qui se sont succédées sur le centre monumental et ses abords, des corrélations stratigraphiques entre la basilique et le sacellum ont été mises en évidence.
Une première proposition de phasage est suggérée :
La fouille de la “terre noire” sur le secteur II a permis de mieux définir et reconnaître l'extension maximale de l'aire de dépôts rituels, bien au-delà de la surface originellement cantonnée sous le Grand Temple.
Des premiers aménagements en dur (édicules VIbis-XXIII et IXbis, péribole) sont maintenant reconnus pour le dernier tiers du Ier siècle de notre ère.
Une première monumentalisation du sanctuaire voit le jour vers 70 avec la création d'un portique (portique 1), qui reprend le tracé du péribole antérieur. Il enserre un petit temple à simple cella.
Une restructuration importante survient à cette époque. Deux temples de type fanum (fana 2 et 3) sont d'abord édifiés aux angles Sud-Ouest et Nord-Ouest du portique 1, afin entre autre d'y maintenir les pratiques rituelles pendant la durée des travaux. Le Petit Temple et la section Ouest du portique sont probablement démontés simultanément en faveur d'un nouveau temple, plus grand, à simple cella et vestibule, dont la position entraîne l'arasement du couloir Ouest du portique, qui est remplacé finalement par une nouvelle section plus en retrait (portique 2). Ce dernier relie les deux fana.
En vue d'une plus grande monumentalisation de l'ensemble, dans un premier temps, deux nouveaux fana (fana 1 et 5) sont édifiés à l'extérieur du portique 1 aux angles Sud-Est et Nord-Est pour, là encore, conserver les pratiques rituelles, qui néanmoins paraissent évoluer (fanum 1 en eau par exemple). Le temple à simple cella et vestibule, ainsi que le portique, sont alors démontés. Un Grand Temple hexastyle voit alors le jour avec une aire consacrée s'ouvrant à l'est (sacellum avec autel monumental, enceint de murs). Une basilique dans son prolongement et un bâtiment carré (“salle du conseil ?”) sont également édifiés. Ainsi, un nouveau portique est construit (portique 3), intégrant les quatre fana et une petite partie de la basilique. Á l'ouest, le portique comporte une exèdre centrale qui fait face à un second bâtiment carré accolé à l'extérieur, dont la fonction n'est pas déterminée dans l'état actuel des recherches (un seul sondage a été pratiqué dans l'angle Nord-Est). Dans un dernier temps, au nord, un cinquième petit temple (fanum 4) est accolé au centre du mur externe du portique 3 (entre les fana 3 et 5).
La découverte de quatre nouveaux petits temples de type fanum (fana 1, 3, 4 et 5), associés à celui reconnu par Michel Mangard (fanum 2) donne une nouvelle ampleur à l'ensemble sacré qui s'organise selon un plan quasi symétrique. L'édification de ce complexe cultuel monumental (intégrant l'ensemble des petits temples et même une partie de la basilique par un portique) vers la fin du IIe siècle ou au début du IIIe siècle suggère un “circuit”, qui assimile les cultes aux divinités locales – Mercure – aux cultes officiels à l'Empereur et probablement à Jupiter pratiqués au moins dans le Grand Temple.
Les archives municipales et départementales ont fait l'objet d'un dépouillement.
C'est toute une ville gallo-romaine qui sommeille sous la clairière du “Bois l'Abbé”, sans constructions plus récentes pour en perturber la lecture et sans menace d'aménagements futurs (site classé). Briga comporte les éléments d'une parure monumentale antique urbaine, assez bien conservés, qui n'ont guère actuellement d'équivalents dans le nord de la France. Ce site s’intègre et contribue aux débats sur l’origine des agglomérations secondaires dans les campagnes antiques de la Gaule du Nord et leurs rapports avec les chefs-lieux de cités.
Étienne MANTEL
Stéphane DUBOIS
Sophie DEVILLERS
Agglomération antique de BRIGA - Site archéologique du “Bois l'Abbé” - Ferme forestière du Vert Ponthieu - Route de Beaumont - F – 76260 EU
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